Nostradamus et la prophétie

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Michel de Nostredame, « médecin du roy Henri II, et le plus grand astronome qui fut jamais », naquit à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône) le 14 décembre 1503. Si les prophéties de Nostradamus sont remplies de désastres et de pestes, c’est dû peut-être à une influence prénatale, car à ce moment la peste sévissait dans toute la région, et, le jour même de sa naissance, le parlement d’Aix, nouvellement constitué, quitta, en faveur de Brignoles, cette ville infestée. 

 

Saint-Rémy était déjà ce qu’il demeura ensuite, un village typique de Provence, peu éloigné des villes antiques, Arles et Avignon. Il respire l’antiquité ; son arc de triomphe et son mausolée, abrités par les rocailleuses Alpines, sont encore des témoins éloquents de l’occupation romaine. Comme aujourd’hui, l’esprit provençal y florissait dans toute sa vigueur. C’est à quatre kilomètres de Saint-Rémy, à Maillane, que Mistral a opéré la renaissance provençale. 

L’éducation du jeune homme se fit sous les auspices les plus favorables. La Renaissance commençait. « La découverte de l’Italie » venait de s’accomplir et les armées de Charles VIII et de Louis XII avaient passé tout près de Saint-Rémy. François Ier devait conduire les siennes par la même route. On ne se rendait pas encore compte de l’importance des événements historiques en cours ; toutefois l’activité intellectuelle et guerrière ne pouvait guère manquer de faire une grande impression sur les habitants de cette région.

maisonsaintremyprovence.jpg Maison de NaustradamusMais dans la famille Nostredame on n’avait pas attendu la Renaissance pour s’instruire. Des côtés paternel et maternel le jeune Michel avait reçu un excellent héritage intellectuel, ses aïeux ayant eu une bonne éducation. L’un de ses grands-pères avait été médecin de la ville d’Arles. Jean, duc de Calabre, l’emmena à la cour de son père, René le Bon, et ce bon roi l’honora de son amitié et de sa confiance. Ce fut là qu’il devint chrétien et prit le nom de Pierre Nostre-Done. On ignore son nom originel. L’autre grand-père fut le médecin du duc Jean et donna à sa fille, la mère de Michel, le nom de Renée. Jaume ou Jacques de Nostredame, le père de Michel, fut notaire royal à Saint-Rémy, position qui exigeait une intelligence et une éducation d’un niveau élevé. 

Ce fut son grand-père maternel (son bisaïeul, selon Jean-Aimé de Chavigny) qui se chargea de l’instruction de l’enfant, et qui lui donna « comme en se jouant un premier goust des sciences célestes ». Après la mort de celui-ci « il fut envoyé en Avignon pour apprendre les lettres humaines », nous révèle Chavigny dans la préface de ses Commentaires sur les Centuries (1596). Dans La vie et le testament de Michel Nostradamus (1789), un auteur anonyme et assez crédule se fait un grand plaisir de représenter son héros comme un prodige d’intelligence, supérieur de beaucoup à ses compagnons. Sa mémoire remarquable lui permettait d’apprendre par cœur toutes ses leçons à la première lecture. Parfois il remplaçait ses professeurs et initiait les élèves aux mystères des sciences naturelles, surtout de l’astronomie. Il ne mit pas longtemps à épuiser les ressources du collège d’Avignon, d’où il partit pour Montpellier dans l’intention de devenir médecin. Il dut avoir une intelligence extraordinaire, si l’on en croit Chavigny, car à l’âge de vingt-deux ans il était déjà prêt à être reçu docteur.  Mais à ce moment il fut pris de la manie de voyager. Une épidémie se déclara dans la région de Bordeaux, Narbonne et Toulouse, expliquant son départ de Montpellier pour pratiquer pendant quatre ans la science qu’il avait acquise. Au bout de ce temps il retourna à Montpellier, où il fut officiellement reçu docteur en 1529, mentionne Jean Astruc dans ses Mémoires pour servir à l’histoire de la Faculté de Montpellier (publiées en 1767, peu après la mort de l’auteur). C’est la première notion officielle que nous trouvions sur lui.  Les nostradamistes racontent avec plus d’enthousiasme que d’authenticité que le génie du jeune prodige frappa d’admiration les savants professeurs de la Faculté et que sa réception fut accompagnée d’applaudissements universels. De plus, affirme Eugène Bareste dans son Nostradamus (1840), ses collègues, avec une unanimité touchante, insistèrent si vivement qu’il dut consentir à rester à Montpellier pour enseigner. En effet, Chavigny nous dit qu’il « passa au doctorat… en peu de temps, non sans preuve, louange et admiration de tout le collège ». Quant à son professorat, la coutume était, dit Astruc, que les nouveaux docteurs restassent quelque temps pour donner des conférences. Si Nostradamus avait eu le succès que lui attribuent ses partisans, on pourrait s’attendre à en trouver quelque mention chez Rabelais qui entrait à Montpellier presque au moment où Nostradamus était reçu. Mais si Rabelais savait quelque chose il n’en dit rien. Après avoir quitté Montpellier, Nostradamus disparut pour quelque temps. Nous le retrouvons à Agen, en relations avec J.-C. Scaliger, « personnage avec lequel il eut grande familiarité, qui toutesfois se changea quelque temps après en forte simulté et pique » écrit Chavigny. Il se plut tant à Agen qu’il y épousa « une fort honorable demoiselle » dont il eut deux enfants. 

Ayant perdu femme et enfants, et s’étant brouillé avec Scaliger, il se mit encore à voyager. Pendant dix ans (1534-1544), il erra un peu partout sans laisser de traces. On ne sait de lui pendant cette période que le peu qu’il daigne nous dire dans son Opuscule, où il parle de ses voyages en France, en Italie et en Sicile. Les fruits de ces voyages, si l’on en croit l’Opuscule, furent de nombreuses recettes pour faire des confitures et pour « embellir la face », bien qu’il paraisse avoir passé une partie de son temps à observer l’exercice de la médecine et de la pharmacie.

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Enfin, rassasié de voyages, il pensa à sa province natale. Sur les instances de ses amis, il choisit pour résidence la petite ville de Salon de Crau, située dans un désert aride et sans attraits, qui devait bientôt être transformé en une région fertile par le canal de Craponne. C’était là une situation stratégique d’où il pouvait servir les habitants de quatre villes importantes, Marseille, Aix, Arles et Avignon, qui abondaient en malades et manquaient de médecins. Parmi les citoyens de Salon, il s’en trouvait quelques-uns avec qui il pouvait être sur un pied d’égalité intellectuelle. Cette élite comprenait Adam de Craponne, l’ingénieur célèbre ; le poète et historien Étienne d’Hozier, plus connu par son fils Pierre, et la famille Suffren. 

Peu de temps avant son arrivée à Salon, dit Chavigny dont la mémoire est peut-être en défaut, Nostradamus eut l’occasion d’exercer sérieusement son talent médical. En 1546, la peste fit une de ses irruptions périodiques à Aix, et il fut retenu pendant trois ans par la municipalité pour en combattre les ravages. Les circonstances de ce séjour varient selon l’imagination des divers biographes. Les archives de la ville cependant ne contiennent nulle indication de ce service officiel, ni de la pension qui lui aurait été servie par la municipalité reconnaissante. Nostradamus lui-même nous donne quelques renseignements sur ce point dans le chapitre VIII de son Opuscule : « … l’an 1546 que je feus esleu et stipendié de la cité d’Aix en Provence où, par le senat et le peuple, je feus mis pour la conservation de la cité où la peste estoit tant grande et tant espouvantable, qui commença le dernier de may et dura neuf mois tous entiers. » Et il nous donne la recette d’une « poudre de senteur » qui, portée dans la bouche, était un remède infaillible contre la contagion ; ceux qui ne s’en servaient pas, affirme-t-il, mouraient sans exception. 

Après avoir remporté une victoire si glorieuse à Aix, il ne demandait qu’à répéter son succès ailleurs. Les occasions ne manquaient pas, et ses biographes en ont profité. Bareste, comme d’ordinaire, dépasse tous les admirateurs enthousiastes de Nostradamus dans son tableau de la situation où Lyon se trouvait en 1547. Une épidémie s’y était déclarée, toute pareille à celle que Nostradamus venait de vaincre. Le grand homme ne perdit pas de temps et se hâta vers la ville affligée. Une difficulté l’y attendait, un rival, qui n’était autre que le médecin Jean-Antoine Sarrazin. Celui-ci voulait se créer une réputation analogue à celle que Nostradamus s’était acquise à Aix, et à cet effet il faisait des efforts surhumains.

lostbookofnostradamus.jpg En 1994, le journaliste italien Enza Massa était à la Bibliothèque nationale italienne à Rome quand elle est tombée par hasard sur une découverte inhabituelle. C’était un manuscrit sortant à 1629, intitulé : Nostradamus Vatinicia Code. Michel de Notredame, le nom de l’auteur, était sur l’intérieur dans l’encre indélébile. Le livre contient des images énigmatiques et bizarres avec plus de quatre-vingts peintures d’aquarelle par le visionnaire de maître lui-même.

Mais il manquait de science et d’expérience et ne réussissait point. Cependant le futur prophète, avec un sentiment très juste des convenances professionnelles, refusa de s’en mêler ; le peuple, affligé, ne voulait pas toutefois se laisser exterminer par la peste pour de telles vétilles. Dès que les Lyonnais surent que le sauveur d’Aix était parmi eux, ils le demandèrent par acclamation. Ne pouvant ignorer cet appel, Nostradamus se mit à l’œuvre, et un mois plus tard le fléau dévastateur n’existait plus. La joie était peinte sur tous les visages (sauf sans doute sur celui de Sarrazin) ; Nostradamus, chargé d’honneurs et de cadeaux et escorté des autorités municipales, partait en triomphe pour Salon.  Tout ceci est fort curieux, mais peu authentique. Les archives de Lyon ne renferment aucune mention de Nostradamus ni aucune correspondance à son sujet. On passe sous silence sa résidence dans cette ville. La seule référence à son actif qui ait été découverte se trouve dans la Revue du Lyonnais de 1835 et consiste en un article de deux pages. Il ne porte pas de nom d’auteur, il est vrai, ce qui pourrait indiquer quelque hostilité envers Nostradamus. Cet article assure que l’épidémie que vainquit notre médecin n’était qu’une bénigne coqueluche. D’ailleurs, Jean-Antoine Sarrazin passa son baccalauréat à Montpellier en 1565, nous apprend Astruc, c’est-à-dire quelque vingt ans après l’épidémie dont il est question. Sarrazin est l’auteur d’un traité médical typique en latin, De Peste, où les nombreuses citations de Galien et d’Hippocrate ne lui laissent pas de place pour mentionner ni l’épidémie de 1547, ni Nostradamus. 

 

Quelles que fussent les circonstances du départ de Nostradamus, il se peut avérer que sa destination fut Salon ; ainsi il y a du vrai dans le récit des biographes. Cette même année les archives notariales de Salon enregistrèrent deux événements l’intéressant, l’achat d’une maison par Nostradamus et son mariage avec Anne Ponsarde (Gemelle). La maison, qui existe encore, se trouve tout à côté du vieux château, et la petite rue où elle est située porte le nom du prophète (au n° 2, elle abrite aujourd’hui le Musée Nostradamus). Evidemment, il s’intéressait déjà à l’astrologie, car son premier soin fut de construire un observatoire sur le toit de sa maison. Là il passait une grande partie de la nuit à contempler les astres, et ceci prit bientôt une importance si grande dans son existence qu’il se qualifia de médecin-astrophile dans des documents officiels, rapporte Louis Gimon en 1882 dans ses Chroniques de la ville de Salon, depuis son origine jusqu’en 1792. D’autres activités l’occupèrent aussi. Il était l’arbitre des élégances quand il s’agissait de cérémonies, et ce fut lui qui composa les inscriptions des monuments publics ou des décorations qu’on dressait lorsqu’une célébrité honorait Salon de sa présence. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on voyait encore au-dessus d’une fontaine une plaque de marbre sur laquelle on lisait l’inscription suivante qui ne manque pas d’une certaine saveur : 1553. Si humano ingenio perpetuo Salonae civib. parari vina potuissent non amœnum quem cernitis fontem. S. P. Q. Salon. Magna impensa non adduxisset ducta. N. Palamede Marco et Anton. Paulo coss. M. Nostradamus diis immortalibus. Ob Salonenses 

Mais sa vie à Salon ne se composa pas uniquement d’agréments. L’élite sympathique formait la minorité de la population. Il était plutôt en mauvais termes avec le reste. Dans l’Opuscule il se plaint à deux reprises de la « barbarité » de ses concitoyens. A l’occasion de la visite à Salon de Charles IX et de la reine mère, Catherine de Médicis, qui honorèrent Nostradamus d’une manière signalée en 1564, le prophète s’exclama en s’adressant à la foule béante : « O ingrata patria, velut Abdera Democrito. »  Les raisons de cet état de choses ne sont pas trop claires. Bareste, qui ne se laisse pas contrôler, allègue la jalousie de quelques médecins, parmi lesquels Sarrazin, et dit que ceux-ci avaient répandu le bruit que Nostradamus opérait ses guérisons étonnantes au moyen de la magie. De cette matière ils avaient tellement excité la superstition populaire que le grand homme dut éviter la foule et se retirer chez lui. Dans son Histoire et chronique de Provence parue en 1614, César de Nostredame, fils de Nostradamus, nous apprend que son père fut persécuté par les fanatiques Cabans, surnom donné aux paysans de Salon et de la campagne environnante en raison d’un grand manteau de cadis gris, à manches et à capuchon, dont ils se couvraient en hiver. Sous prétexte de punir les hérétiques, ceux-ci attaquèrent sans distinction protestants et catholiques. Et pour comble de malheur Nostradamus souffrait de la goutte ; aussi ne peut-on s’étonner s’il fut mécontent de la vie. Faut-il chercher dans cet ensemble d’infortunes la cause qui le poussa à la prophétie ? Il est évident que ce ne fut pas son amour pour le genre humain qui l’inspira. On ignore à quelle date il entra définitivement dans la carrière de la prophétie. Aucun document  authentique n’indique qu’il ait exercé son talent prophétique avant 1550. Cette année-là parut le premier de ses almanachs ; il en publia ensuite chaque année jusqu’à sa mort, en 1566. La durée de la série témoigne de sa popularité. Ces almanachs furent vite imités par des individus qui ne possédaient point le don prophétique, et les imitations furent si gauches qu’elles faillirent discréditer Nostradamus. 

 

Encouragé par la faveur populaire, et sûr désormais de son terrain, Nostradamus élargit la portée de son activité. Il se mit sérieusement à l’œuvre pour composer les Centuries, qui par leurs prétentions n’ont pas d’égal dans leur genre. C’est une série de quatrains prophétiques groupés par centaines et écrits dans un langage qui se prête admirablement à l’interprétation, à cause de son obscurité voulue. Le 15 mars 1555, il avait déjà achevé les 353 quatrains qui composent la première édition. L’achevé d’imprimer porte la date du 4 mai. En 1557 le nombre des quatrains fut porté à 642, et en 1558 Nostradamus « paracheva la milliade [bien que connus, ces quatrains ne furent publiés qu'en 1568] ». Avec la publication des Centuries commence la partie théâtrale de la carrière de cet homme étrange. Leur succès fut instantané et foudroyant. Elles furent lues par tout le monde et quatorze mois après leur première apparition (c’est-à-dire en juillet 1556) l’auteur fut mandé pour être présenté au roi. Il va sans dire qu’il ne perdit pas de temps à obéir au mandat royal. Il arriva à Paris le jour de l’Assomption de Notre-Dame, donc sous les auspices les plus favorables à un homme de son nom. A peine arrivé et logé chez le cardinal de Sens, il subit une attaque de goutte, maladie qui ne respecte ni personnes ni occasions et qui pendant dix jours se joua de l’inquiétude de leurs majestés Henri II et Catherine de Médicis. Pour alléger la douleur dont souffrait le prophète, le roi lui envoya une bourse de 100 écus et la reine lui en donna presque autant. Aussitôt qu’il put bouger, il fut recherché par toute la cour et consulté sur toutes sortes de questions. L’un s’inquiétait pour des affaires d’État, l’autre pour une affaire personnelle, l’autre pour un chien qu’il avait perdu, et ainsi de suite. Dans toutes ces situations Nostradamus, paraît-il, se conduisait avec une habileté et une exactitude remarquables.  L’épreuve suprême de son talent fut l’horoscope qu’il dut dresser pour les jeunes princes François II, Charles IX et Henri III. On ignore complètement les prédictions qu’il fit à propos de ces derniers Valois. La situation était dangereuse. Eut-il le courage de dire la vérité, ou eut-il tout simplement assez d’habileté pour s’exprimer en termes assez clairs pour satisfaire les souverains, mais en même temps assez élastiques pour dire tout ce qu’on voulut entendre ? Quoi qu’il en soit, toute sa vie Nostradamus retint la faveur de Catherine, et celle-ci ne se plaignit jamais d’aucune inexactitude de sa part. Il y a des légendes fantastiques à ce propos, par exemple celle qui se trouve dans E. Defrance, Catherine de Médicis et ses astrologuesCependant il n’est pas impossible qu’il ait pu prévoir l’avenir de la famille royale, mais par des moyens naturels, non par l’astrologie. Il connaissait, comme tout le monde, les difficultés dynastiques qu’avait éprouvées Henri II dans les dix premières années de son mariage. Nous savons également qu’aucun des trois princes fils de Henri II n’engendra d’enfants légitimes. De plus, les enfants naturels qui leur sont attribués sont peu nombreux et leur origine princière reste fort douteuse. Vu ces prémices, on peut facilement conclure que les trois princes, nés maladifs, furent également impuissants, et que Nostradamus reconnut cette condition. En 1564, quand il fit la prédiction que Henri de Béarn arriverait au trône de France, ce ne fut qu’après une visite médicale. Il peut y avoir parfois une certaine relation entre l’astrologie et l’anatomie. 

 

Grâce à la faveur royale, Nostradamus était devenu un grand personnage. Bien que les persécutions des Cabans n’eussent pas cessé, il avait gagné le respect de la plupart de ses concitoyens. Chavigny raconte que les étrangers qui venaient en France ne voulaient pas partir sans l’avoir consulté. Une lettre, dont copie se trouve dans les archives d’Arles, témoigne de sa popularité. On avait volé de l’argenterie à l’église d’Orange. L’évêque écrivit à Nostradamus, priant que celui-ci l’aidât à recouvrer les articles volés. La réponse du prophète est bien habile et typique. En haut de la feuille se trouve un horoscope formidable dont il n’est pas question dans la lettre. Suit la prédiction que le voleur, à moins de rendre au plus vite les articles dérobés, sera frappé de la peste et qu’il mourra d’une mort terrible. Si l’on donnait un peu de publicité à cette menace, Nostradamus était persuadé que l’argenterie serait vite rendue. Malheureusement, le résultat de ces démarches reste inconnu. 

L’événement qui mit le comble au bonheur du prophète survint en 1564. Charles IX et la reine mère faisaient le tour de leur royaume, ils s’écartèrent de leur route exprès pour voir Nostradamus. Les affaires pour lesquelles leurs majestés désiraient le consulter étaient des plus importantes, et l’habileté du grand homme ne fut pas en défaut. Deux dépêches témoignent du respect de Catherine pour Nostradamus à cette occasion. Dans ces dépêches Don Frances de Alava, qui fut de la compagnie royale, parle avec mépris de la « légèreté » de la reine mère et de la confiance qu’elle avait pour les prophéties. En racontant ce que Nostradamus lui avait révélé, dit-il, « elle avait un air aussi confiant que si elle citait saint Jean ou saint Luc ». Selon lui, il fut prédit que Charles devait épouser la reine Elizabeth d’Angleterre. Mais Elizabeth ne put épouser tous les maris qu’on lui avait prédits, et la prédiction ne s’accomplit pas. 

Il n’en fut pas de même d’une autre prédiction que fit Nostradamus à cette occasion. Le jeune Henri de Béarn, plus tard Henri IV, accompagnait leurs majestés, et un matin à son lever le prophète demanda à le voir à nu. On accéda sans difficulté à sa requête, et après avoir longuement étudié le jeune prince, l’astrologue annonça que Henri « recevrait tout l’héritage », et à son précepteur il déclara qu’avec la grâce de Dieu son maître serait un jour roi de France. On se souvint plus tard de cette prophétie, et toute sa vie Henri se plut à la rappeler.

nostradamusthecompleteprophecies2.jpgMais les honneurs et les cadeaux ne pouvaient rien contre la mort qui approchait déjà. La santé du prophète s’affaiblissait depuis longtemps, la grande climatérique était sur lui, et le 2 juillet 1566 il finit sa carrière terrestre. Son tombeau a été le but de nombreux pèlerinages. Parmi les visiteurs illustres se trouvent deux rois de France, Louis XIII (en 1622) et Louis XIV (en 1660). Ce dernier était accompagné de sa mère, Anne d’Autriche, de son frère, le duc d’Anjou, de sa cousine, Mlle d’Orléans, et du cardinal Mazarin. Le tombeau eut plus tard des visiteurs moins respectueux. En 1792, les gardes nationaux qui passaient par Salon allèrent à l’église, profanèrent le tombeau du prophète et dispersèrent ses os. On raconte que le soldat qui le premier viola le tombeau fut fusillé quelques jours plus tard pour avoir volé de l’argenterie. Ainsi s’accomplit la vengeance de Nostradamus. 

Sur son sépulcre fut gravée l’épitaphe suivante : « Ci reposent les os de Michel Nostredame, duquel la plume presque divine, a été de tous estimée digne de tracer et rapporter aux humains selon l’influence des astres, les événements à venir par dessus tout le rond de la terre. Il est trépassé à Salon de Craux en Provence l’an de grâce 1566, le second juillet, âgé de soixante-deux ans six mois dix-sept jours. O posteres (sic), ne touchez à ses cendres, et n’enviez point le repos d’iceluy ».  Publié à Amsterdam en 1688, l’ouvrage intitulé Les vraies Centuries et prophéties… avec la vie de l’auteur affirme que Nostradamus était de stature un peu moindre que la moyenne, de corps robuste, allègre et vigoureux. Il avait le front grand et ouvert, le nez droit et égal, les yeux gris, le regard doux et en ire comme flamboyant, le visage sévère et riant, de sorte qu’on devinait sous sa sévérité une grande humanité, « les joues vermeilles, voire jusqu’à l’extrême âge, la barbe longue et épaisse, la santé bonne et gaillarde, si nous exceptons la vieillesse, et tous les sens aigus et très entiers ». Quant à l’esprit, peut-on également lire, il l’avait vif et bon : le jugement subtil, « comprenant légèrement tout ce qu’il voulait, la mémoire felice et admirable, de nature taciturne pensant beaucoup et parlant peu, discourant très bien en temps et en lieu, au reste vigilant, prompt et soudain, choleré, patient du labeur ». Il dormait seulement quatre à cinq heures, louant et aimant la liberté de la langue, joyeux, facétieux, mordant en riant. Il s’exerçait volontiers en jeûnes, oraison, aumônes, à la patience, abhorrant le vice et le châtiant sévèrement. 

 

On se rend difficilement compte du nombre d’adeptes et de fervents que fit Nostradamus. Sa popularité fut énorme pendant longtemps et, malgré l’avènement de la raison, il a encore un assez grand nombre de partisans. Un commentaire anecdotique au sujet des Centuries est peut-être celui de Théophile de Garencières qui, en 1678, traduisit en anglais les prophéties de Nostradamus : « Celui-ci fut le premier livre où j’appris à lire, car c’était alors la coutume, vers 1618, d’initier les enfants par ce livre ; premièrement en raison de la difficulté des mots, deuxièmement afin de leur faire connaître le vieux français tel qu’il est employé à présent dans les lois anglaises, et troisièmement pour le charme et la variété des matières, de sorte que ce livre fut imprimé tous les ans comme un almanach ou premier texte pour les enfants. »

Il ajoute que quelques personnes étudiaient les Centuries si assidûment qu’elles étaient devenues folles, ou peu s’en fallait. L’année 1792 avait rappelé l’attention sur Nostradamus. On trouvait, en effet, vers la fin de la lettre à Henri II, qui sert de préface aux trois dernières Centuries, la prédiction de « plus grande persecution à l’Eglise chrestienne que n’a esté faite en Afrique, et durera cette icy jusques à l’an mil sept cens nonante deux, que l’on cuidera estre une renovation de siecle… ». Il se fit en effet une « rénovation de siècle » en cette année, le commencement de l’ère républicaine. On n’a eu garde cependant d’insister longuement sur le contexte de cette prédiction. 

Nostradamus ne fut-il qu’un imposteur, un charlatan ? Non, mais les recherches sur les Centuries portent à croire qu’il ne se prenait pas lui-même au sérieux, ni son public non plus. Écoutons ce qu’il déclare en exprimant son opinion sur ce dernier dans sa Lettre à César : « Considérant aussi la sentence du vrai Sauveur : Nolite sanctum dare canibus, nec mittatis margaritas ante porcos, ne conculcent pedibus et conversi dirumpant vos, qui a été la cause de faire retirer ma langue au populaire et la plume au papier. » Nous avons vu que Nostradamus n’avait guère raison d’être content de ses concitoyens, et il paraît fort probable que les Centuries sont la vengeance des maux qu’il avait soufferts. C’est une vengeance nouvelle et extraordinaire qu’il méditait, et pour cette raison d’autant plus efficace. Nostradamus s’est donné une peine infinie et pour rendre obscure la signification de ses prédictions, et pour décourager toute interprétation rationnelle, tout en insistant sur leur vérité. Le langage même des préfaces se moque de l’intelligence et de la naïveté des lecteurs, comme le montre la Lettre à César : « Mais, mon fils, je te parle un peu trop abstrusement ; mais, quant aux occultes vaticinations qu’on vient à recevoir par le subtil esprit du feu, qui quelquefois par l’entendement agité, contemplant le plus haut des astres, comme estant vigilant, mesmes qu’aux prononciations, estant surprins escript prononçant sans crainte moins attainct d’invereconde loquacité, mais quoy ? tout procedoit de la puissance divine du grand Dieu eternel, de qui toute bonté procede ». Et encore, « parquoy estant les causes indifferentes indifferemment produictes et non produictes, le presage partie advient, ou a esté predict ». Tout cela rappelle les plaidoyers de Baisecul et Humevesne dans Rabelais. Au lieu de César, il faut lire « mes idiots concitoyens ». A l’intention des interprètes, Nostradamus a inséré à la fin de la sixième centurie, la « Legis cautio », un avis vaguement formidable et menaçant : 

Qui legent hosce versus, mature censunto,
Prophanum vulgum et inscium ne attrectanto :
Omnesque Astrologi, Blenni, Barbari procul sunto,
Qui aliter facit, is rite sacer esto.

Ici il montre très peu de respect pour les astrologues, lui qui prétend en être, en les classifiant avec les Blenni, « qui auroient bien besoin de soy moucher », dit-il dans sa seconde préface, et avec les Barbari. Mais il se rend bien compte des faiblesses de la nature humaine, et il assure l’interprétation des Centuries en l’interdisant, tout à fait comme il gagne le respect de ses lecteurs en parlant d’eux avec mépris.  Nostradamus se montre passé maître en figures, dont il suggère la solution (malgré sa défense pseudo-sérieuse) en insérant des anagrammes faciles de noms bien connus : Rapis (Paris), Eiouas (Savoie), Mendosve et Mendosus (Vendosme), Chiren (Henri-c) et beaucoup d’autres. En effet, le bon Michel ne se trompait point ; les commentateurs, par des efforts incalculables, sont arrivés à déchiffrer à leur manière ses références cryptographiques, et les résultats ainsi obtenus sont une preuve éclatante que le prophète se faisait une idée juste de leur intelligence. On trouve toutefois des vers qu’il est difficile de ne pas expliquer, même pour ceux qui n’ont pas l’intention de justifier le prophète. Il n’y a pas besoin d’être nostradamiste pour voir Napoléon Ier dans ce quatrain : 

De soldat simple parviendra en empire,
De robe courte parviendra à la longue,
Vaillant aux armes en eglise ou plus pyre,
Vexer les prestres comme l’eau fait l’esponge. 
(Centuries, VIII, 57)

Autrement difficiles sont les nombreux quatrains tels que V, 4 : 

Le gros mastin de cité dechassé
Sera fasché de l’estrange alliance,
Après aux champs avoir le cerf chassé,
Le loup et l’ours se donront defiance. 

Ceux qui ne seraient pas partisans de la prophétie diraient qu’une telle façon de parler indique une admirable fécondité d’imagination, car il y a environ mille quatrains, tous plus abstrus les uns que les autres. Mais il y a mieux que cela à trouver, si on les examine bien. Beaucoup d’entre eux, peut-être tous, avaient pour Nostradamus une vraie signification. Afin de se faire passer pour prophète, il faut annoncer des événements possibles. Or, il n’y a rien de possible que ce qui s’est déjà passé, et Nostradamus savait bien que l’histoire se répète. Aussi, pour se donner de bons sujets de prophétie, a-t-il eu recours à l’histoire passée, d’où il a extrait des événements frappants, en les déguisant si habilement qu’ils ne se laissent pas facilement reconnaître.  C’est sans doute porter un coup cruel aux beaux mystères des Centuries que de les qualifier de la sorte, surtout si l’on peut prouver l’accusation, et les justificateurs ne seront pas plus contents de la preuve que de l’accusation. Cependant, il est incontestable qu’on peut très facilement expliquer un grand nombre de quatrains de point en point de cette manière, tandis que les explications trop élaborées des nostradamistes ne satisfont pas toujours ceux qui exigent l’exactitude. Ce n’est pas alors par fanfaronnade que Nostradamus déclare pouvoir annoncer les détails de chacune de ses prophéties, et pour démontrer ceci il suffit de citer seulement quelques-unes des nombreuses prophéties d’après coup. Il faut retenir que les Centuries furent publiées à partir de 1555. 

 

La barbe crespe et noire, par engin,
Subjuguera la gent cruelle et fiere :
Le grand Chiren ostera du longin
Tous les captifs par Seline banniere. 
(Centuries, II, 79) 

C’est-à-dire : Ceux qui ont la barbe naturellement frisée / vaincront les fiers et cruels ; / le grand Henri, qui est loin, délivrera / ceux qui auront été pris par la bannière au croissant (ou de Sélim). Éclaircissement : en 1551, le corsaire ottoman Dragut s’empara de Tripoli sur les chevaliers de Malte. Henri II envoya Gabriel d’Aramon à Tripoli et celui-ci secourut une quarantaine des chevaliers, les seuls qui restaient. Peut-on prophétiser plus juste ? Un autre événement que Nostradamus a prédit, ou plutôt postdit, est la révolte des Bordelais qui eut lieu en 1548 contre la gabelle. A cette occasion on sonna le tocsin pendant une demi-journée. La région rebelle comprenait Bordeaux, la Saintonge, Poitiers et Langon. Montmorency fut envoyé par Henri II pour supprimer la rébellion. Tout cela se lit parfaitement dans I, 90 : 

Bourdeaux, Poictiers au son de la campa(g)ne,
A grande classe ira jusqu’à L’Angon,
Contre Gaulois sera leur tramontane,
Quand monstre hideux naistra près de Orgon. 

Au mois d’août 1529, Charles-Quint entreprit une expédition navale, partant d’Espagne pour l’Italie, avec une grande flotte et 10 000 hommes : 

Quand les colonnes de bois grande tremblée (les mâts),
D’Auster conduicte, couverte de rubriche (la bannière espagnole),
Tant vuidera dehors grande assemblée (l’armée),
Trembler Vienne et le pays d’Autriche. 
(Centuries, I, 82) 

Un autre quatrain qui ne laisse aucun doute sur sa signification est II, 90 : 

Par vie et mort changé regne d’Ongrie,
La loi sera plus aspre que service,
Leur grand cité d’hurlements plaincts et crie,
Castor et Pollux ennemis dans la lice. 

Ce quatrain « prédit » un événement de 1526 et des années suivantes. Louis II de Hongrie fut tué dans une bataille en 1526. Deux prétendants au trône se présentèrent, 

 

Ferdinand, beau-frère de Louis, et Jean Zapoliska, voïvode de Transylvanie. Celui-ci, à l’aide de Soliman, reçut la couronne, mais à condition que Ferdinand lui succéderait. Jean se maria, quoique déjà vieux, et quand sa femme lui donna un fils il mourut de joie. La veuve, désirant garder la couronne pour le fils, recourut encore à Soliman. Celui-ci vainquit le parti de Ferdinand et prit possession du pays pour son propre compte. Les Hongrois ne se débarrassèrent de lui qu’à l’aide de Charles-Quint. Nostradamus décrit à merveille cet état de choses en disant :  « Le règne de Hongrie, troublé par une mort et une naissance, trouvera la loi (de Soliman) moins à son goût que ses services. Les deux amis se battent. » Egalement clair est le quatrain X, 27 : 

Par le cinquiesme et un grand Hercules
Viendront le temple ouvrir de main bellique ;
Un Clement, Jule et Ascans reculés,
Lespe (espée, ou Espagne) clef, aigle n’eurent [onc si grand pique. 

Il s’agit ici de la prise de Rome par Charles-Quint en 1527. Il faudrait lire, « (Charles) Cinq et Bourbon viendront ouvrir le temple (le Vatican). Clément (VII), c’est-à-dire Jules (de Médicis), et les Italiens repoussés ; jamais l’Empire et la papauté ne se brouillèrent tant ». On ne peut pas être plus explicite. Si le quatrain précédent démontre la confiance que Nostradamus avait en son camouflage littéraire, celui qui raconte la bataille de Pavie ne la prouve pas moins : 

Armée celtique en Italie vexée,
De toutes parts conflict et grande perte,
Romains fuis, O Gaule repoulsée,
Près du Thesin, Rubicon pugne incerte
(Centuries, II, 72) 

Le troisième vers servirait à identifier l’événement. On se rappelle que François Ier, trompé par un mouvement des troupes impérialistes, crut que l’ennemi s’enfuyait et se précipita en avant, suivi de son armée, qui ainsi « couvrit son artillerie et lui osta le moyen de jouer son jeu », écrit Du Bellay dans ses Mémoires. L’erreur fut fatale et perdit tout, fors l’honneur. Le Tessin (en italien Ticino) est une rivière qui passe près de Pavie. Le palais des Papes, à Avignon, dans l’ombre duquel Nostradamus reçut son éducation secondaire, lui aura suggéré I, 32 : 

Le grand Empire sera tost translaté
En lieu petit qui bientost viendra croistre,
Lieu bien infime d’exigüe comté,
Ou au milieu viendra poser son sceptre. 

Il est facile de reconnaître le massacre des Vaudois dans IV, 63 : 

L’armée celtique contre les montaignards,
Qui seront sceuz et prins à la pipée,
Paysans fresz pulseront tost faugnards,
Precipitez tous au fil de l’espée. 

On ne doutera pas de la bonne foi d’un nostradamiste enthousiaste, Balthasar Guynaud (Concordance ces prophéties de Nostradamus avec l’histoire, depuis Henri II jusqu’à Louis le Grand, 1693), qui à son insu, tombe sur la bonne méthode d’interpréter les Centuries. Il est à remarquer cependant que son identification, toute parfaite qu’elle soit, n’a jamais été relevée par ses successeurs, ce qui est extraordinaire. Le quatrain dont il s’agit est VII, 38 : 

L’aisné royal sur coursier voltigeant,
Picquer viendra si rudement courir,
Gueulle, lipée, pied dans l’estrein (estrier ?) pleignant,
Traîné, tiré, horriblement mourir. 

Dans son commentaire, Guynaud cite l’historien Sainte-Marthe, livre XIV, où on lit que le 25 mai 1555 Henri d’Albret II, roi de Navarre, piqua si durement un jeune cheval qu’il montait que l’animal s’emporta. Le roi, en s’efforçant de le gouverner, lui déchira la bouche. Le cheval se cabra, le chevalier fut désarçonné, son pied se prit à l’étrier et il fut traîné, tête basse, et tué. Jamais prophétie ne fut plus complètement réalisée. Or, ce quatrain ne se trouvait pas dans la première édition (1555) qui se termine à IV, 53, et on ne trouve cette prophétie pour la première fois que dans l’édition de 1557. On conclura ce qu’on voudra. Un autre justificateur est Anatole Le Pelletier (Les oracles de Michel de Nostredame, Astrologue, Médecin et Conseiller Ordinaire des Rois Henri II, Francois II et Charles IX, 1867), qui a étudié à fond les Centuries. Malgré les exagérations de sa tâche, il est très habile, et une fois au moins il frappe juste. Ici il s’agit du quatrain III, 44, qui montre mieux que n’importe quel autre l’habileté du prophète : 

Quand l’animal à l’homme domestique,
Après grands peines et sauts viendra parler,
Le foudre à vierge (verge ?) sera si malefique,
De terre prinse et suspendue en l’air.

Voici l’explication de Le Pelletier : « Construction : Quand le chien, après beaucoup d’essais, sautera et parlera, la foudre, chargée avec la baguette qui se tire des entrailles de la terre et qu’on meut rapidement de haut en bas, sera très nuisible. Scolie : Quand le chien du fusil aura été inventé après beaucoup d’essais, et qu’il produira l’explosion par la détente d’un ressort, le salpêtre, chargé à la baguette de fer et lancé comme la foudre par le tube du fusil, deviendra très meurtrier. » 

 

Dans une note au bas de la page Le Pelletier ajoute : « L’invention du fusil date le 1630 et son introduction dans l’armée de 1671. Il est extrêmement remarquable que Nostredame ait prédit, sous une paraphrase aussi transparente, le nom d’une pièce mécanique qui ne devait exister qu’un siècle plus tard et qu’on pouvait appeler tout autrement. » Le Pelletier ignorait évidemment que d’autres espèces d’armes à feu ayant également un chien avaient existé longtemps avant l’invention du fusil. Il y a des vers sur lesquels les partisans du prophète insistent vivement, et qui d’ailleurs sont moins faciles à expliquer. Il est intéressant de citer un quatrain qui fait la gloire des justificateurs, puisqu’il paraît annoncer l’exécution du roi Charles Ier d’Angleterre. Le prophète ne donne qu’un vers à cet événement important, il est vrai, mais ce vers est très clair, tandis que les trois autres sont bien vagues : 

Gand et Brucelles marcheront contre Anvers,
Senat de Londres mettront à mort leur roy ;
Le sel et le vin luy seront à l’envers,
Pour eux avoir le règne en desarroy. 
(Centuries, IX, 49) 

Le numéro de ce quatrain (49) présente une coïncidence, car Charles Ier fut décapité en 1649, à la quarante-neuvième année de son âge. Nous offrons cette constatation pour ce qu’elle vaudra. Nous avons déjà parlé de la prédiction où Nostradamus annonce à Henri de Navarre qu’il sera roi de France. Les Centuries témoignent de sa conviction à cet égard. A trois reprises il y est parlé de la maison de Vendôme et de l’ascendant qu’elle va prendre sur celle de Lorraine : 

Grand Mendosus obtiendra son empire (IX, 45),
Mendosus tost viendra à son haut regne,
Mettant arriere un peu le Norlaris (IX, 50) :
Le ranc lorrain fera place à Vendosme (X, 18). 

Il est impossible de ne pas reconnaître la vérité de ces vers. Il est à remarquer cependant qu’ils furent écrits après le voyage du prophète à Blois en 1556, occasion où il tira l’horoscope des jeunes princes (la préface des centuries VIII-X est datée du 27 juin 1558). 

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